Daguin : des empreintes triples ..?


Les machines à oblitérer Daguin, en service en France depuis 1884, sont célèbres, auprès des collectionneurs, pour leurs empreintes jumellées.


Il est cependant arrivé que, dans certaines circonstances, ces machines aient produit une troisième empreinte.

L'inventeur Eugène Daguin eut l'idée de positionner une pièce en avant du porte-cachets, pièce qu'on appelle le piston toucheur, ...

... et dont le but est de maintenir la feuille au moment de l'oblitération, de manière à obtenir une empreinte toujours nette, malgré les mouvements de la machine ou de l'opérateur.

L'encrage des timbres à date se fait par l'intermédiaire d'un rouleau encreur, monté sur un bras mobile, lui-même fixé sur un axe en arrière du porte-timbres, et maintenu en position par un ressort plat et un galet cylindrique. Normalement, lorsque ce galet ne présente pas d'usure excessive, le rouleau encreur vient uniquement au contact des timbres à date. Au fur et à mesure de l'usure du galet, le bras mobile peut se décaler vers l'avant, et le rouleau encreur venir au contact du piston toucheur.
Ceci a pour effet de laisser une discrète trace en demi-lune sur la pièce à oblitérer, située à un peu moins de 35 millimètres de l'axe des timbres à date.

Dans le cas d'une usure plus prononcée du galet, le rouleau encreur vient lécher la base du piston toucheur, et la trace sur la feuille reproduit l'intégralité de sa forme. C'est la signature authentifiée de la machine Daguin, bien pratique lorsque la comparaison des empreintes des timbres à date peut laisser planer un doute sur leur origine (ce qui n'est pas le cas ici ...)

Après des dizaines d'années de bons et loyaux services, le jeu dans le mécanisme a pu devenir suffisamment important pour que le piston toucheur laisse une empreinte aussi nette que celle des timbres à date.

Enfin, dans le cas de la marque ci-contre, il semble que l'efficacité du piston toucheur, qui est pourtant manifestement venu au contact de l'enveloppe, ait été quelque peu prise en défaut ...


On peut trouver une autre trace parasite, celle-ci plus subtile, sur les empreintes jumellées Daguin. Il s'agit de la trace de la vis de bloquage des éléments du bloc-dateur, située dans l'axe sud du timbre à date, à environ 5 millimètres du cercle de la couronne.

Il est possible de retrouver la même trace sur les empreintes uniques produites par une machine Daguin utilisé avec uniquement son timbre à date (ce que l'on appelle une Daguin borgne). Au dos de l'enveloppe ci-contre, l'empreinte n'est évidemment pas jumellée avec le timbre à date de Khartoum, apposé en passe, mais a pu avoir été appliquée comme marque d'arrivée par une Daguin borgne (la preuve irréfutable serait la marque du piston toucheur). Les marques Daguin, borgnes ou complètes, figurent fréquemment en arrivée à Fès Ville-Nouvelle.

Cette jolie triplette, produite par le timbre à date manuel (et non par une Daguin borgne) du bureau temporaire de la Foire de Bordeaux, laisse clairement voir la trace de la vis de blocage du bloc dateur.


Lorsqu'une Daguin borgne, est utilisée comme marque de départ, le timbre à date ne peut évidemment pas figurer à la fois sur l'enveloppe et sur le timbre-poste. Le préposé au timbrage est alors obligé de doubler la frappe, ce qui occasionne une empreinte qui a l'apparence ordinaire d'une double frappe manuelle. Dans notre cas, la signature Daguin est présente, sous la forme de la double empreinte du piston toucheur.
Le bureau de la rue Marsollier n'est pas catalogué comme ayant utilisé une machine Daguin, peut-être parce qu'il l'a uniquement utilisé en configuration solo.

© JF Carde

Le bureau de Paris R.P. a utilisé des Daguin pour le timbrage à l'arrivée du courrier, déjà oblitéré, en provenance de province, et destiné à la distribution dans Paris intra muros. Ce timbrage se faisant au verso, il ne nécessite pas d'oblitérateur, et la machine peut être utilisée, par mesure d'économie, en configuration borgne.
Il a pû arriver que des lettres non oblitérées au départ le soient en passe avec la marque d'arrivée de PARIS DISTRIBUTION, la frappe double de la Daguin se reconnaissant alors par la présence de l'ectoplasme du piston toucheur.

Voici deux empreintes qui ressemblent fortement à celles qui pourraient être laissées par une Daguin borgne, utilisées à Marseille à l'arrivée des paquebots de la ligne de Bastia. Une telle utilisation en solo est surprenante, alors que les courriers provenant des paquebots de Corse devaient systématiquement recevoir deux empreintes, une sur le timbre-poste et une autre sur la suscription. Peut-être un essai a-t'il été fait pour évaluer les avantages de la mécanisation, bien que le bureau ne disposât que d'un seul timbre dateur pour cette ligne.

Tout renseignement sur cette marque est le bienvenu.


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