Les levées exceptionnelles de

PARIS-ST. LAZARE *PAQUEBOTS*


      En 1863, le principe de la levée exceptionnelle payante est introduit dans le système postal français. L'article premier de la loi du 9 mai en expose l'idée générale : les lettres déposées après la dernière levée précédant le départ des trains du soir pourront malgré tout profiter, moyennant une taxe supplémentaire, d'une expédition par les bureaux ambulants de nuit. Des levées sont effectuées selon différents délais déterminés, et le courrier ainsi ramassé, s'il satisfait aux conditions d'affranchissement, est alors confié aux ambulants peu avant leur départ.
      Ce service, initialement réservé à quelques bureaux parisiens, est peu à peu étendu à plusieurs autres villes françaises, jusqu'à la Première Guerre mondiale. Il n'a, par la suite, plus guère été pratiqué, la vitesse accrue des moyens de transport automobile et ferroviaire, de même que le développement du téléphone, ou encore la création des lettres-télégramme, le rendant pratiquement inutile.

      On continue cependant d'en trouver l'évocation dans plusieurs textes postérieurs à la Grande guerre.
- La Loi du 29 mars 1920 relève la surtaxe forfaitaire de levée exceptionnelle à 15 centimes, avant qu'une Instruction ultérieure ne précise que ce service est "provisoirement suspendu".
- L'article 39-1 de la Convention postale de Stockholm de 1924 stipule que les Administrations sont autorisées à charger d'un droit additionnel les correspondances déposées dans un délai de dernière heure, disposition reprise dans les conventions ultérieures.
- L'article 7 du Décret du 22 janvier 1926, conséquence de l'application de la convention de Stockholm, dispose que les objets de correspondance à destination de l'étranger, déposés dans les boîtes réservées aux levées exceptionnelles, acquitent obligatoirement, en sus des taxes ordinaires dont ils sont passibles, la surtaxe prévue pour le régime intérieur. Cette disposition sera au moins conservée jusqu'à la fin de la décennie suivante (article 8 du Décret du 8 juillet 1937).
- La Loi de finances du 29 avril 1926 porte le supplément forfaitaire de levée exceptionnelle à 25 centimes.

      Il a existé à Marseille, au début du siècle dernier, un service de levées exceptionnelles, qui, moyennant une taxe supplémentaire de 5 centimes, permettait la remise aux paquebots de la Compagnie Générale Transatlantique, en partance pour l'Afrique du Nord, des objets de correspondance déposés dans la "boîte maritime" de certains bureaux de poste (A.M. du 13/11/1907, concernant les bureaux place St-Ferréol, avenue du Prado, Capucines et rue des Trois-Mages).


Premières dates ...

La première date actuellement* connue pour une levée exceptionnelle de la gare Saint-Lazare est le 3 (?) avril 1927, sur une lettre en double port de Paris pour New-York, routée par l'Olympic de la Cunard, via Cherbourg. L'affranchissement est oblitéré par des timbres dateurs manuels. Pour une Krag, la première date serait le 30 juillet 1930 (illustration plus bas).

Les dates connues pour les levées exceptionnelles effectuées à Cherbourg-Maritime sont légèrement antérieures, le 26 janvier 1927 sur la lettre ci-dessus, de Paris pour Montréal, affranchissement oblitéré par une machine Daguin. Pour une Krag, première date connue le 18 janvier 1928.

* mars 2013. Merci à Marco, qui nous signale une Cherbourg-Maritime encore antérieure datée du 8 septembre 1926 (VSO 73 Sinais).

      A partir de la fin des années 20, on rencontre des lettres pour les États-Unis, ou en transit par les États-Unis, dont l'affranchissement ordinaire de 1,50 franc (tarif international de la lettre depuis août 1926) est majoré de 25 centimes, et parfois plus. Cet affranchissement porte, la plupart du temps, une oblitération mécanique Krag, dite de la deuxième génération, portant l'intitulé PARIS-ST.LAZARE complété de la mention *PAQUEBOTS* (réf. Salles n°287), mais se rencontre aussi avec une oblitération manuelle PARIS GARE-SAINT-LAZARE, voire CHERBOURG-MARITIME ou LE-HAVRE-TRANSAT.

coll. bc92

Lettre du 26 avril 1930, adressée aux États-Unis par le paquebot Aquitania de la Cunard
Affranchissement à 1,75 franc. Oblitération manuelle PARIS GARE-SAINT-LAZARE, levée de 10H50

      L'entrefilet ci-contre, inséré en dernière page du quotidien Le Figaro du 22 avril 1930, donne la date d'escale à Cherbourg du transatlantique anglais Aquitania, mais il ne donne pas les heures de départ du train correspondant depuis la gare Saint-Lazare. L'heure de levée de la lettre étant 10 h. 50 du matin, le délai est largement suffisant pour qu'elle ait pu "attraper" le paquebot avant son départ de Cherbourg.

      Une seconde lettre, provenant de la même archive que la précédente, expédiée le 10 mai 1930 dans les mêmes conditions que la précédente.

      Il semble bien que le suraffranchissement de 25 centimes corresponde à la surtaxe de levée exceptionnelle d'un bureau spécial, situé dans l'enceinte de la gare Saint-Lazare, et acheminée par les express du réseau Ouest-État, jusqu'aux gares maritimes de Cherbourg ou du Havre. Si aucun texte officiel installant ce bureau n'est, pour l'instant, connu, Raymond Salles note l'existence de telles marques entre 1930 et 1933, et nous les connaissons employées jusque dans les dernières années de la décennie, sur des lettres suraffanchies. Les levées devaient s'effectuer ponctuellement, pour permettre au courrier à destination des États-Unis de profiter, au dernier moment, du départ des trains pullman assurant la correspondance des passagers avec les paquebots transatlantiques, partant de Cherbourg ou du Havre vers l'Amérique du Nord.


Lettre postée au bureau des paquebots de la gare Saint-Lazare le 30 juillet 1930, adressée aux États-Unis.
Le tarif ordinaire U.P.U. est alors de 1,50 franc, le suraffranchissement est donc ici de 50 centimes.


Lettre postée au bureau des paquebots de la gare Saint-Lazare le 11 février 1931, adressée à Boston.
Elle a voyagé, via le train de Cherbourg, par l'Olympic de la Cunard.


coll. S. & M. Catherine
Lettre postée au bureau des paquebots de la gare Saint-Lazare le 18 mars 1932, adressée à New-York.
Elle a voyagé, via le train de Cherbourg, par le Bremen de la Norddeutscher Lloyd.
Affranchissement au troisième échelon de poids dans le régime de l'U.P.U., plus la surtaxe.


Lettre postée au bureau des paquebots de la gare Saint-Lazare le 27 juillet 1932, adressée aux États-Unis.
Routée par le Berengaria, pris à l'Allemagne et donné à la Cunard en compensation de la perte du Lusitania.


Lettre postée au bureau des paquebots de la gare Saint-Lazare le 12 avril 1933, adressée aux États-Unis.
Elle est routée par le S.S. Olympic, de la Cunard-White Star Line, sister-ship du Titanic.

Caractéristiques des timbres à date

      A la vue des marques présentes sur les courriers, il semble bien qu'il n'y ait eu qu'une seule machine affectée au service spécial de la gare Saint-Lazare, une Krag à empreinte continue de la deuxième génération, comportant un bloc dateur sur une seule ligne. Les deux timbres dateurs se distinguent l'un de l'autre par quelques petits détails, en particulier par la séparation entre les mots PARIS et ST-LAZARE, un tiret sur l'un, un point sur l'autre. On remarque que l'un des timbres, celui de droite sur l'illustration ci-contre, présente une cassure à la droite du cercle dès la fin de 1932 ou le début de 1933. Une amorce de cassure apparaît en haut à gauche, au niveau du P de PARIS, mais elle ne s'aggravera pas. Le cercle de l'autre timbre, à gauche sur l'illustration, apparaît plus fortement détérioré dès 1935, avec de larges cassures de chaque côté. Si le lettrage reste très net, les petites étoiles entourant le mot PAQUEBOTS se dégradent par contre quelque peu au fil du temps. L'aspect général de la marque ne changera plus guère après 1935. En règle générale, et mis à part leurs cassures caractéristiques, ces empreintes sont très bien frappées. Les heures de levée sont assez variables, celles présentées ici vont de 8h20 à 14h10, avec une forte proportion de départs aux alentours de midi. Lorsque l'indication de l'heure de levée ne comporte pas de chiffre des dizaines, celui-ci est remplacé par une pièce muette.


coll. bc92

      La belle lettre ci-dessus a été remise au bureau des paquebots de la gare Saint-Lazare en fin de matinée, le 25 septembre 1935. Elle est adressée en Colombie, via New-York et Miami, et routée par le S.S. Majestic, de la Cunard-White Star Line, puis par avion. Elle présente la particularité originale d'être affranchie en fonction de trois modes de transport différents. Le timbre à 10 francs couvre, pour une part, l'affranchissement ordinaire par voie de surface, en l'occurence principalement maritime, dans le régime de l'U.P.U. (1,50 franc pour 20 grammes, tarif du 1er août 1926). Il couvre d'autre part la surtaxe pour le transport aérien entre New-York et la Colombie (8,50 francs pour dix grammes, décret du 24 avril 1934), alors que le complément en petits timbres Semeuse correspond à la taxe de levée exceptionnelle pour le transport ferroviaire.

      Ci-dessus, une lettre assez étonnante : préparée, semble t'il pour la levée exceptionnelle, elle est affranchie à 2,65 francs, soit un port double pour l'étranger, plus la surtaxe de levée exceptionnelle. Elle ne porte cependant pas de marque de passage par le bureau de la gare Saint-Lazare, ni d'ailleurs par aucun autre bureau français. Il semble qu'elle ait été convoyée "hors poste" jusqu'à un navire dépourvu de bureau embarqué, probablement par un agent de la Société Deloche, Transports Maritimes, et elle a été remise à New-York le 31 octobre 1935, en tant que courrier posté en mer.


BP

      Il est surprenant de rencontrer, quelques semaines plus tard, le 1er décembre 1935, une enveloppe envoyée de Paris pour les U.S.A., portant un suraffranchissement de 25 centimes, routée par le paquebot "President-Harding" des United States Lines, et qui porte, en lieu et place de la marque mécanique habituelle, la double frappe manuelle du timbre à date PARIS GARE-SAINT-LAZARE. L'indication de levée y est remplacée par un astérisque, qui pourrait indiquer que la lettre a été déposée tardivement, après l'arrêt de la machine mécanique.


      La lettre ci-dessus, à destination des États-Unis, a été postée le 27 mai 1936 au bureau spécial de la gare Saint-Lazare. Elle est routée par le Queen-Mary de la Cunard Line, à l'occasion de son voyage inaugural, comme l'indique la mention manuscrite de l'expéditeur. On remarque que l'empreinte Krag est discontinue à gauche.


Coll. pers.


Le Figaro 29/03/1937 p.8

POUR NEW-YORK = Queen-Mary (dép. de Cherbourg le 31, arr. le 5 avril).
DEPART DES TRAINS (Gare St-Lazare) : Queen-Mary, le 31, à 12h. 3.
      La lettre ci-dessus, adressée en Californie, porte une oblitération datée du 31 mars 1937. L'entrefilet ci-contre, inséré dans le quotidien Le Figaro du 29 mars 1937, donne la date d'escale à Cherbourg du transatlantique anglais Queen Mary, de la Cunard, en provenance de Southampton, ainsi que l'heure du départ de l'express d'Ouest-État partant de la gare St-Lazare, destiné à assurer la correspondance avec ce navire, le 31 mars. On voit que l'heure de levée de notre lettre est à 11 h. 55, et l'heure de départ du train est fixée à 12 h. 3.

      Ci-contre, le tableau de marche du paquebot Aquitania en septembre 1933. On peut y lire que le navire a quitté Southampton en fin de matinée, et qu'il a fait une escale de deux heures à Cherbourg, avant de s'élancer vers l'Amérique en début de soirée. De son côté, l'express parti de Saint-Lazare à la mi-journée, tracté par une puissante Pacific 231, est arrivé dans la toute nouvelle Gare Maritime Transatlantique, à temps pour permettre l'embarquement des passagers et du courrier à bord du transatlantique.


Delcampe 34232831

      La lettre suivante, à destination de New-York, porte une oblitération similaire, datée du 13 octobre 1937. Le tarif des lettres pour l'étranger a changé, passant, depuis le mois d'août, à 1,75 franc. Le suraffranchissement est toujours de 25 centimes, ce qui porte l'affranchissement total à 2 francs. Le routage est ici clairement demandé, per "Queen Mary".

      L'entrefilet ci-contre, inséré dans le quotidien Le Figaro du 11 mars 1937, donne la date d'escale à Cherbourg du transatlantique anglais Queen Mary, ainsi que les heures de départ des trains. On note qu'il y a deux trains au départ, ce jour-là, en correspondance avec le Queen Mary, et que la lettre a emprunté le second, ce qui est dans la logique du service. L'heure de levée de la lettre est 14 h. 10, et l'heure de départ du dernier train est 14 h. 14.


Le Figaro 11/10/1937 p.8

POUR NEW-YORK = Queen-Mary (dép. de Cherbourg le 13, arr. le 18).
DEPART DES TRAINS (Gare St-Lazare) : Queen-Mary, le 13, à 13h. 20 et 14h. 14.


coll. bc92

      Ci-dessus, une autre lettre, portant toujours la même oblitération, mais datée cette fois-ci des 29 et 27 janvier 1937. Le tarif des lettres pour l'étranger est celui d'août 1926, soit 1,50 franc. Avec le suraffranchissement de 25 centimes, l'affranchissement total devrait donc être de 1,75 franc. On constate qu'il est ici de 2 francs, légèrement superfétatoire, ce qui n'a, en l'occurence, aucune d'importance, les conditions du tarif étant remplies. Le routage est demandé par le S/S Bremen via Cherbourg 27/1 ; le Bremen est un paquebot allemand de la Norddeutscher Lloyd, assurant le même service transatlantique que les navires de la Cunard. L'oblitération comporte deux dates différentes, la machine Krag étant munie de deux blocs dateurs différents, dont l'un porte ici un quantième erroné.


Le Figaro 25/01/1937 p.8

POUR NEW-YORK = Bremen (dép. de Cherbourg le 27, arr. le 1er févr.)
DEPART DES TRAINS (Gare St-Lazare) : Bremen, le 27 à midi.
      L'entrefilet ci-contre, inséré dans le quotidien Le Figaro du 25 janvier 1937, donne la date d'escale à Cherbourg du transatlantique allemand Bremen, ainsi que les heures de départ du train en assurant la correspondance. L'heure de levée de la lettre est 11 h. 55, et l'heure de départ du train est midi.


      La lettre ci-dessus, datée du 12 mars 1938, est affranchie suivant le tarif du deuxième échelon de poids des lettres pour l'étranger du 1er août 1937, soit 2,75 franc. Avec la Semeuse à 25 centimes, l'affranchissement total s'élève à trois francs. Aucun routage particulier n'est demandé, son affranchissement et son dépôt au bureau spécial devant, a priori, être suffisant pour la conduire au bon endroit par la bonne voie.


Delcampe 34234104

      Enfin, voici une dernière lettre, adressée à Denver, qui ne porte pas l'oblitération de départ de St.Lazare, mais une empreinte mécanique apposée à New-York et datée du 9 mai 1938. L'affranchissement total de 2 francs correspond au tarif d'août 1937 augmenté de la surtaxe de levée exceptionnelle. Le routage demandé par le ss. ""QUEEN MARY"" du 4/5/38 correspond bien à un voyage existant. Il est possible que la lettre ait échappé à l'oblitération au départ, qu'elle ait été mise telle quelle dans un sac postal, et qu'elle n'ait été annulée qu'à l'ouverture du sac, par le bureau new-yorkais de réception.
      Rien n'indique que la lettre soit passée par la gare Saint-Lazare, la raison sociale de l'expéditeur portant une adresse au Havre. Mais on peut se demander pourquoi, si cette lettre est partie du Havre, et non de Paris, elle a été suraffranchie du montant de la taxe de levée exceptionnelle, et aussi pourquoi le routage en a été demandé par Cherbourg le 4 mai, alors que le Champlain partait du Havre le même jour ?

      L'entrefilet ci-contre, inséré dans le quotidien Le Figaro du 4 mai 1938, donne la date d'escale à Cherbourg du transatlantique anglais Queen Mary, ainsi que les heures de départ du train en assurant la correspondance. Nous ne connaissons pas l'heure de départ de la lettre, l'heure de départ du train est donc sans importance. Le journal prévoit l'escale à New-York pour le 9 mai, l'oblitération apposée à l'arrivée est datée de ce même jour. Le Queen Mary était un navire très rapide, qui faisait régulièrement la traversée en 5 ou 6 jours.

Le Figaro 04/05/1938 p.6

POUR NEW-YORK = Queen Mary (départ de Cherbourg le 4, arrivée le 9).
DEPART DES TRAINS (Gare St-Lazare) : Queen Mary, le 4 à 13h. ..


      Nous avons vu, jusqu'à présent, des lettres ayant transité par Cherbourg. Le service des levées exceptionnelles a également fonctionné en direction du port du Havre.


      La lettre ci-dessus est affranchie au tarif U.P.U. de surface du 1er août 1926 au départ de la France, soit 1,50 franc, et suraffranchie des règlementaires 25 centimes pour la surtaxe de levée exceptionnelle. De Paris pour les U.S.A., elle est routée par le paquebot Paris, de la Compagnie Générale Transatlantique, parti du Havre le 16 décembre 1930, et arrivé à New-York le 22 suivant.


BP

      La lettre ci-dessus est affranchie au tarif U.P.U. de surface du 1er août 1937 au départ de la France, soit 1,75 franc, et suraffranchie des habituels 25 centimes pour la surtaxe de levée exceptionnelle. De Paris pour les U.S.A., elle est routée par le Havre, d'où partait le paquebot Paris, de la Compagnie Générale Transatlantique.


Le Figaro 22/10/1938 p.8

POUR NEW-YORK = Paris (dép. du Havre le 26, arr. le 2 nov.)
DEPART DES TRAINS (Gare St-Lazare) : Paris, le 26, à 14h. 3
      L'entrefilet ci-contre, inséré dans le quotidien Le Figaro du 22 octobre 1938, donne la date de départ du Havre du transatlantique français Paris, ainsi que l'heure de départ du train en correspondance. L'heure de levée de la lettre est 12 h., et l'heure de départ du train est 12 h. 3.

L'incendie du Paris

Le 18 avril 1939, le paquebot Paris est amarré à un quai de la gare maritime du Havre, prêt à partir le lendemain vers New-York. Un incendie se déclare à bord en fin de soirée, et se propage à l'ensemble du navire, lequel finit par chavirer et couler. Le Paris sera remplacé au pied levé par le Champlain, qui appareille du Havre le 20 avril.


Coll. Marcorse - http://marcorse.blogspot.com

La lettre ci-dessus a été préparée pour la levée exceptionnelle au départ du train transatlantique devant quitter la gare Saint-Lazare le 19 avril 1939 à 9h48. Le routage est demandé par le "SS Paris Le Hâvre 19 avril", et l'affranchissement comporte les obligatoires vingt-cinq centimes de surtaxe. Cependant, le report du départ du paquebot ayant rendu ces dispositions caduques, l'urgence n'était plus de mise. Le routage a été modifié (Champlain 20 avril), la lettre étant traitée avec le produit de la levée de 11 heures, pour partir par la voie ordinaire.


Delcampe 27382974

      L'enveloppe ci-dessus, datée du 21 juin 1939, contenait un courrier de la Compagnie Générale Transatlantique, adressé à son bureau de la French Line à New-York. L'affranchissement correspond au tarif de décembre 1938, augmenté de la surtaxe habituelle, soit un total de 2,50 francs. Il n'y a pas d'indication de routage, mais on imagine mal la Compagnie faisant appel aux services de la concurrence pour acheminer son propre courrier.

      L'entrefilet ci-contre, inséré dans le quotidien Le Figaro du 21 juin 1939, donne la date de départ du Havre du transatlantique français Normandie, ainsi que les heures de départ des trains. On note qu'il y a deux trains au départ, ce jour-là, en correspondance avec le Normandie, et que la lettre a, là aussi, emprunté le second. L'heure de levée de la lettre est 9 h. 35 du matin (M), et l'heure de départ du dernier train est 9 h. 45.

Le Figaro 21/06/1939 p.8

POUR NEW-YORK = Normandie (dép. du Havre le 21, arr. le 26).
DEPART DES TRAINS (Gare St-Lazare) : Normandie, le 21, à 9h. 7 et 9h. 45


      Pour finir, l'on peut se poser la question : quel est le bureau qui a effectué les levées et apposé les oblitérations ? En 1855, le bureau de la rue de Sèze effectue une levée spéciale gratuite pour les lettres affranchies susceptibles d'être acheminées par les bureaux ambulants vers Cherbourg et le Havre, imité en 1856 par son homologue de la rue de Londres. En 1863, le bureau de la rue Saint-Lazare (situé au numéro 11, à l'opposé de la gare) est habilité à effectuer des levées exceptionnelles payantes, et l'on peut aussi rencontrer, en principe, une marque octogonale de levée exceptionnelle de Paris-Gare-du-Nord-Ouest avant 1876 ...
      Depuis 1868, c'est le bureau 18, puis 118, situé rue d'Amsterdam, qui est le plus proche de la gare Saint-Lazare. D'après J.-C. Delwaulle (Les cachets manuels des gares de Paris de mars 1876 à nos jours, Feuilles Marcophiles hors-série 1985), il existe un bureau annexe de gare, non ouvert au public et rattaché administrativement au bureau 18. Ce bureau a utilisé plusieurs modèles de timbres à date depuis le type 17, avec le libellé PARIS GARE ST-LAZARE. Il recevait les correspondances de son bureau d'attache, de la recette principale de Paris, d'un certain nombre de bureaux de quartier ayant un rôle de bureaux de passe ainsi que celles recueillies dans les boîtes de la gare. Il procèdait à l'oblitération et au tri des correspondances. De plus, G.P. Cuny et P. Lux signalent l'existence d'un bureau spécial dans l'enceinte de la gare, qui serait situé sur les quais de départ selon l'un, au guichet des renseignements selon l'autre, entre 1933 et 1941. Ce bureau, portant le numéro 118ter, possédait-il une machine Krag de la deuxième génération, munie d'un timbre dateur spécial *PAQUEBOTS* ? On n'en trouve, quoi qu'il en soit, aucune mention dans l'ouvrage d'Yvon Nouazé (L'oblitération mécanique en France).

Le bureau exceptionnel des transatlantiques

Grace à l'habileté de Marco*, incomparable dénicheur de sources inédites, nous avons une description de première main du bureau des paquebots de la gare Saint-Lazare. Dans une livraison du Petit Parisien datée du 26 mars 1931 figure en effet un article détaillant sur le vif l'expédition en dernière minute des lettres destinées aux transatlantiques de Cherbourg.

De passage à la gare Saint-Lazare, il y a quelques jours, nous assistions à la réception des correspondances destinées à être expédiées par un train transatlantique se dirigeant sur Cherbourg.
L'installation postale faite à proximité du train en partance à l'intérieur des grilles est des plus précaires.
Deux petites tables, une balance Roberval, une machine à timbrer à grand rendement, un timbre à date.
Deux employés reçoivent les correspondances ; ils doivent vérifier les destinations, contrôler les affranchissements ; d'autres annulent les timbres, font des liasses, mettent en sacs. Voilà un bureau de poste.

Notre "bureau précaire" est donc installé ponctuellement, en bout de quai, à l'air libre, seulement quelque temps avant le départ de chaque train transatlantique, et nous avons ici l'explication de nos deux marques, l'empreinte mécanique PARIS-ST.LAZARE *PAQUEBOTS* et l'empreinte manuelle PARIS GARE-SAINT-LAZARE. Ce bureau décrit par le Petit Parisien, est-il le numéro 118ter de MM. Cuny et Lux ?

Sa boulangère ignorant qu'il est marcophile, nous utilisons un pseudonyme, afin de préserver sa réputation.

      Autant de lettres, autant d'incertitudes : nous ne connaissons pas le cadre légal du service supposé, ni sa limitation dans le temps, et nous ne savons pas, officiellement, par qui il a été opéré. Tous ce que nous possédons, ce sont des affranchissements très particuliers, relativement aux tarifs ordinaires en vigueur, et des timbrages correspondant, ponctuellement, aux jours et heures de départ concordant des transatlantiques et des express ferroviaires. C'est tout de même suffisant pour donner à ces lettres un caractère réellement hors du commun - bien qu'elles ne soient pas, paradoxalement, particulièrement rares.


Références :
R. Salles - La poste maritime française, les paquebots de l’Atlantique Nord
L. Goubin - Les levées exceptionnelles - D.P. n°43
P. Lux - Les levées exceptionnelles depuis 1914 - D.P. n°71
P. Donnadieu - Levée exceptionnelle maritime - D.P. n°176


CHERBOURG MARITIME



Coll. pers.

      La lettre ci-dessus présente des caractéristiques similaires aux pièces précédentes, bien qu'elle ne porte pas l'annulation de Saint-Lazare *Paquebots*. A destination de New-York, elle est revêtue de trois timbres circulaires manuels type 1904, apposés par CHERBOURG MARITIME MANCHE le 7 août 1935. Cette date correspond, selon l'entrefilet inséré page 7 du Figaro du 30 juillet, au départ pour New-York du Berengeria de la Cunard. L'affranchissement est ici de 1,75 franc, à l'époque où le tarif ordinaire pour les États-Unis n'est que de 1,50 franc. Sa composition, un timbre couvrant le tarif ordinaire, et un second timbre en supplément, ne peut pas le faire considérer comme superfétatoire. Et la nature du document, adressé à un cabinet de légistes new-yorkais, rend peu probable l'hypothèse d'un affranchissement exagéré dû à une méconnaissance du tarif, d'autant moins que nous connaissons une lettre datée de septembre 1935, d'origine et de destination identiques, affranchie d'un seul Richelieu.


Delcampe 17058214
      Cette seconde lettre, affranchie au tarif ordinaire, a été oblitérée rue Dupin, par le bureau de Paris-80. Le routage en est indiqué par le paquebot Europa, de la NDL, au départ de Cherbourg le 21 septembre 1935. L'utilisation du bureau spécial de la gare Saint-Lazare, dans ce cas, ne s'imposait évidemment pas, compte-tenu du très large délai entre la date d'expédition de la lettre et celle du départ du prochain train transatlantique pour Cherbourg.

      Nous pourrions, à la vue de la première enveloppe, supposer l'existence d'un service de levée exceptionnelle qui aurait été effectuée par le bureau de la gare maritime de Cherbourg avant le départ des paquebots pour l'Amérique. Cependant, le fait que l'expéditeur soit parisien peut plutôt laisser penser que la lettre a été initialement préparée pour l'expédition par le bureau spécial de la gare Saint-Lazare. Si elle y avait été normalement portée, mais que les timbres-poste aient échappé à l'annulation, elle aurait alors été mise en sac, et oblitérée à l'arrivée à New-York, ainsi que nous l'avons vu dans un cas précédent. Il est possible qu'arrivé trop tard pour profiter de la levée spéciale, l'expéditeur l'ait confiée à un employé du train, pour qu'elle soit traitée au passage à la gare maritime de Cherbourg.


      Quant à la lettre ci-dessus, qui ne porte pas de timbre de départ, mais l'en-tête d'un organisme parisien, et dont l'affranchissement à 2,65 francs (deuxième échelon de poids et surtaxe de levée exceptionnelle) est annulé par une griffe administrative CHERBOURG MARITIME, elle est probablement passée par le bureau spécial de Saint-Lazare, mais elle y a échappé à l'annulation, omission réparée au passage à Cherbourg. Le timbre d'arrivée américain du 11 février, au dos, confirme le départ par le Bérengaria le 4 février 1933.


LE HAVRE TRANSAT



Coll. A. Q.

      Voici une autre lettre, ci-dessus, qui présente une étonnante similitude avec la pièce vue plus haut, à ceci près qu'elle ne porte pas les dateurs manuels de Cherbourg, mais ceux du Havre. A destination de New-york, elle est revêtue de trois timbres circulaires manuels type 1904, très peu lisibles, et apposés par le bureau maritime LE HAVRE TRANSAT en date du 5 février 1936. L'affranchissement est ici de 2,65 francs, qui correspondent à un second échelon de poids pour l'étranger dans le tarif de 1926, plus la surtaxe de 25 centimes.


Le Figaro 2 février 1936
      Comme on peut le lire dans le Figaro du 2 février 1936, le Champlain, de la C.G.T., appareillait du Havre trois jours plus tard. L'origine présumée et l'aspect de la lettre laissent penser qu'elle a été préparée pour être remise au bureau des levées exceptionnelles de Saint-Lazare le 5 février. Comme la lettre précédente, peut-être est-elle parvenue trop tard pour être traitée par la machine Krag, et a t'elle été remise à la main à un employé du train, pour être traitée en transit par le bureau maritime du Havre.


      L'article ci-dessous, co-écrit avec Bernard Platzer et publié dans les Document Philatéliques d'août 2016, fait le point de nos connaissances à cette date sur les levées exceptionnelles de la gare Saint-Lazare.


Documents Philatéliques - Revue de l'Académie de Philatélie
n°229 - 3ème trimestre 2016


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