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Confédération de l'Allemagne du Nord

Relations postales avec la France - 1867/1872

1867

1868/1871

1871

1872


La Confédération germanique

La Confédération germanique est née le 15 Mai 1815, lors de la conférence de Vienne. Créée dans le but de réorganiser l'Allemagne après la chute de Napoléon, elle est alors formée par l'association d'une quarantaine d'États souverains, est dotée d'une constitution, d'une Diète qui siège à Francfort sur le Main, et d'un président héréditaire, l'Empereur d'Autriche.
Sur le plan postal, si certains États disposent de leur propre office, et émettent des timbres-poste à partir de 1849(1), l'office des postes féodales d'Allemagne, mieux connu sous le nom de la Tour et Taxis, dont le siège est également à Francfort sur le Main, bénéficie, en vertu de privilèges anciens, du monopole du courrier dans une bonne partie de la Confédération(2). Rappelons que la Tour et Taxis n'est en aucun cas un ancien état allemand, contrairement à ce que pourrait laisser croire une lecture hâtive du catalogue.
Pour régir les relations postales avec la France, des conventions bilatérales vont être signées par les principaux offices, concernant la totalité des États de la Confédération. Sans parler de l'Autriche, il existera ainsi des conventions entre la France et :
- le grand duché de Bade (concernant Bade, le royaume du Wurtemberg et les principautés prussiennes de Hohenzollern(3)),
- le royaume de Bavière, y compris le Palatinat,
- le royaume de Prusse (Prusse, royaume de Hanovre, principautés de Birkenfeld(4) et de Waldeck, duchés d'Anhalt(5), plus la ville d'Allstedt(6) et la partie nord des principautés de Schwartzbourg(7)), (voyez la Convention de 1817)
- les postes féodales du prince de la Tour et Taxis (grand duché de Hesse, Hesse électorale(8), duchés de Saxe(9) et de Nassau, principautés de Hesse-Hombourg(10), de Schwartzbourg(11), de Lippe et de Reuss, et villes libres de Francfort sur le Main, de Brême, de Hambourg et de Lubeck).
Les correspondances du royaume de Saxe et des duchés et grands duchés de Brunswick, de Mecklembourg, d'Oldenbourg (sauf Birkenfeld) et de Saxe-Altenbourg bénéficient des conditions d'échange, soit de la convention prussienne, soit de la convention féodale, selon qu'elles sont comprises dans les dépèches de l'une ou l'autre de ces administrations.
Une douzaine de bureaux français sont désignés comme bureaux d'échange, par où entreront les dépèches allemandes :
- des postes prussiennes : Givet, Forbach (1817), Strasbourg, Thionville et Sierck, Le Havre, Paris, Valenciennes et Saint-Quentin (1836), Boulay, Bouzonville, Lille, Metz et Sarreguemines (1844).
- des postes féodales : Paris, Givet, Forbach, Strasbourg, Wissembourg (1818), Le Havre (1836), Valenciennes (1837), Saint-Quentin (1839), Lille (1843).
Ces conventions impliquant l'échange de monnaies différentes selon les régions, une base de conversion avec le franc est établie sur le plan suivant :
- monnaie du Rhin : 28 kreuzers = 1 franc (alors que 60 kreuzers autrichiens valent 2,60 francs),
- monnaie de Prusse : 8 gros d'argent = 1 franc,
- monnaie de Lubeck : 16 schillings = 1,50 franc,
- monnaie de Brême : 16 grotes = 0,90 franc.
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(1) Prusse, Saxe, Bavière, Hanovre, Wurtemberg, Bade, Brunswick, Mecklembourg Schwerin et Strelitz, Oldenbourg, Lubeck, Brême et Hambourg. Le Holstein émet des timbres-poste en 1850, mais passe sous le contrôle postal danois entre 1851 et 1864, date de sa conversion en province prussienne. La ville de Bergedorf, dépendant postalement de Hambourg et Lubeck, émettra des timbres-poste en 1861, mais elle n'est pas membre, en tant que tel, de la Confédération germanique.
(2) "La Maison des Princes de la Tour et Taxis conservera la possession et le revenu des postes dans les États confédérés, tels qu'ils lui ont été assurés ... En tout cas, les droits et prétentions de cette Maison, soit à la conservation des postes, soit à une juste indemnité, ... seront maintenus." Acte du 8 juin 1815 pour la Contitution fédérative de l'Allemagne, ART. 17.
(3) Les principautés de Hohenzollern, enclavées entre Bade et Wurtemberg, ont été cédées à la Prusse par convention du 7 Décembre 1849.
(4) Enclave du grand-duché d'Oldenbourg en Rhénanie.
(5) Après la mort du dernier duc d'Anhalt-Koethen en 1847, son duché a été réuni à celui d'Anhalt-Dessau sous le nom de duché d'Anhalt-Dessau-Koethen. Par la suite, à la mort du dernier duc d'Anhalt-Bernbourg en 1863, son duché a été réuni au précédent qui a pris le nom de duché d'Anhalt.
(6) Enclave du duché de Saxe-Weimar en territoire prussien.
(7) La principauté de Schwartzbourg-Sonderhausen (non compris les territoires d'Arnstadt et de Gehren, situés plus au sud), ainsi que les territoires limitrophes de Franckenhausen et de Schlotheim, dépendances de la principauté de Schwartzbourg-Rudolstadt, sont enclavés en territoire prussien, au nord de la Thuringe. L'article 24 de la Convention du 26 Mars 1836 officialise la cession de leurs postes à l'office prussien.
(8) Quoiqu'il n'y eût plus d'Empire germanique, et par conséquent plus d'Empereur à élire, l'Électeur de Hesse décida, par respect pour l'ancienne constitution allemande, qu'il conserverait le titre d'Électeur.
(9) A la mort, en 1825, du dernier duc de Saxe-Gotha, le duc de Saxe-Cobourg obtint Gotha et prit le titre de duc de Saxe-Cobourg-Gotha.
(10) Le Landgrave de Hesse-Hombourg a été admis dans la Confédération en 1817.
(11) Principauté de Schwartzbourg-Rudolstadt (non compris les territoires de Franckenhausen et de Schlotheim, enclavés en Prusse), et territoires d'Arnstadt et de Gehren, dépendances de la principauté de Schwartzbourg-Sonderhausen, enclavés dans les duchés saxons.


La Confédération de l'Allemagne du Nord

Après les victoires prussiennes contre le Danemark, puis l'Autriche, un premier pas vers l'unification allemande est réalisé le premier Juillet 1867 avec la création de la Confédération de l'Allemagne du Nord. L'Autriche, la Bavière, Bade, et le Wurtemberg, n'en font pas partie, alors que le Hanovre, le Nassau et la Hesse électorale, anciens alliés de l'Autriche, ont été transformés en provinces prussiennes. L'office postal féodal, annexé par la Prusse contre dédommagement, cesse quant à lui de fonctionner le premier Juillet 1867. L'unification postale se concrétise, le premier Janvier 1868, par la création de l'office postal de l'Allemagne du Nord, ou NORDDEUTSCHER POSTBEZIRK, dont le nom figure en toutes lettres sur les nouveaux timbres-postes émis à cette occasion, et dont le siège est situé dans l'ancienne ville libre de Francfort sur le Main, également annexée par la Prusse.
Cependant, faute de nouveaux accords bilatéraux, les anciennes conventions, de Prusse ou de la Tour et Taxis, restent en vigueur dans les relations postales entre la France et la Confédération de l'Allemagne du Nord. Cela maintient les disparités tarifaires et monétaires antérieures, le paradoxe étant alors que, en dépit de l'unification postale, il coûte moins cher d'écrire en France depuis la principauté de Reuss, à la frontière du royaume de Saxe, que depuis celle de Waldeck, à proximité de la Westphalie.
Les zones tarifaires sont au nombre de trois : (voyez les cartes)
- tarif à 12 kreuzers pour chaque 10 grammes [42,85 centimes] (grand duché de Hesse, duchés de Saxe-Cobourg-Meiningen-Hildbourghausen, principauté de Schwartzbourg-Rudolstadt(12), plus les territoires annexés de Hesse-Hombourg, de Nassau et de Francfort sur le Main),
- tarif à 3,5 gros pour chaque 10 grammes [43,75 centimes] (grand duché de Saxe-Weimar-Eisenach(13), duché de Saxe-Gotha(14), principautés de Lippe-Detmold, de Reuss et de Schaumbourg-Lippe, territoires d'Arnstadt et de Gehren, plus l'ancienne Hesse électorale pour la convention des postes féodales, régences d'Aix la Chapelle, de Cologne, de Trèves, de Coblence et de Dusseldorf, principauté de Birkenfeld pour la convention prussienne),
- tarif à 4,5 gros pour chaque 10 grammes [56,25 centimes] (villes libres de Hambourg, de Lubeck et de Brême pour la convention des postes féodales, royaume de Prusse, duchés d'Anhalt, principauté de Waldeck et de Schwartzbourg-Sonderhausen(15), ville d'Allstedt, plus l'ancien royaume de Hanovre pour la convention prussienne).
Le royaume de Saxe, les grands duchés de Mecklembourg et d'Oldenbourg, les duchés de Brunswick et de Saxe-Altenbourg, associés à l'une ou l'autre convention selon le cas, sont inclus dans cette dernière zone tarifaire.
Les lettres non affranchies sont taxées en France au tarif de 50 centimes lorsqu'elles viennent des zones tarifaires à 12 kreuzers ou à 3,5 gros, et à 60 centimes lorsqu'elles viennent des zones tarifaires à 4,5 gros. Les lettres chargées, en plus de leur affranchissement obligatoire jusqu'à destination, supportent un droit fixe de 4 gros ou de 14 kreuzers, selon leur zone d'origine.
Les timbres à date des bureaux d'échange français, portant mention des anciens offices postaux, restent en service jusqu'en 1872.

Type 16 Tour & Taxis
Paris par Erquelines

Type 15 Tour & Taxis
Strasbourg

Type 16 Prusse
Paris par Forbach

Ils sont au type 15 en Juillet 1867, mais dès novembre 1867, le bureau de Paris étranger est doté de timbres à date au type 16, et même de type 17 en toute fin de période. En règle générale, Paris étranger utilise une encre bleue(16), les bureaux de province une encre rouge ou noire. Après la mise en place du service des ambulants, certains bureaux de ce type serviront de bureaux d'échange, en particulier celui de la ligne d'Erquelines, à la frontière belge, vers Paris.
A la suite de la proclamation du second empire, le 18 Janvier 1871, sera créé, le 4 Mai, l'office postal de l'Empire allemand. Mais ce n'est que le premier janvier 1872 que l'organisation postale de l'Allemagne du Nord cèdera la place à celle de la Reichspost. Les anciennes conventions, quant à elles, resteront en usage jusqu'au 15 Mai 1872, date d'entrée en vigueur en Allemagne de la nouvelle convention bilatérale franco-allemande, précédant de quelques mois la création de l'U.G.P.(17), prélude à la règlementation planétaire.
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(12) Sauf Franckenhausen et Schlotheim.
(13) Sauf Allstedt.
(14) On peut noter, comme illustration de la grande complexité du système allemand, que Cobourg et Gotha, bien qu'étant réunis sous une même autorité politique, n'utilisent pas la même monnaie dans leurs échanges avec la France.
(15) Sauf Arnstadt et Gehren, mais avec Franckenhausen et Schlotheim.
(15) La circulaire n°36 du 18 octobre 1839 rappelle l'article 233 de l'I.G.P. : seul, le bureau de Paris peut utiliser la couleur bleue pour ses timbres à date.
(17) Henri Stephan, directeur des postes de l'Allemagne du Nord, signataire de la Convention de 1872, en sera un des moteurs, appliquant à l'U.G.P. des techniques postales éprouvées en Allemagne.



SOURCES

- Acte du 8 juin 1815 pour la Constitution fédérative de l'Allemagne, (Annexe n°9 à l'Acte final du 9 juin).

- Convention postale conclue à Paris le 16 juillet 1817 entre la France et la Prusse.
- Convention conclue à Paris, le 26 mars 1836, entre la France et la Prusse pour le transport des correspondances.
     - Articles supplémentaires, du 20 décembre 1836, à la Convention de poste conclue le 26 mars 1836.
- Accord verbal, arrêté les 30 août et 15 septembre 1843, entre le directeur de l'Administration des Postes de France et le Grand-Maître des Postes de Prusse, pour l'échange de dépêches entre Strasbourg et Seltz.
- Accord verbal, arrêté les 31 mai et 21 juin 1844, entre le directeur de l'Administration des Postes de France et le Grand-Maître des Postes de Prusse, pour la modification du service des bureaux de Strasbourg, Langensalza et Erfurt.
- Convention de poste conclue à Paris, le 11 août 1847, entre la France et la Prusse.
     - Convention additionnelle de poste conclue à Paris le 19 avril 1853.
- Convention de poste conclue à Paris, le 21 mai 1858, entre la France et la Prusse.
     - Convention additionnelle de poste conclue à Paris le 9 juillet 1861.
     - Convention additionnelle de poste conclue à Paris le 3 juillet 1865.

- Convention postale conclue à Paris le 20 mai 1818 entre la France et le Prince de la Tour et Taxis.
     - Article supplémentaire du 2 avril 1822 au Traité du 20 mai 1818.
     - Deuxième article additionnel du 30 avril 1835 à la Convention postale du 20 mai 1818.
     - Articles additionnels du 23 avril 1836 à la Convention postale du 20 mai 1818.
     - Nouveaux articles additionnels du 18 avril 1837 à la Convention postale de 1818.
- Arrangement verbal conclu à Paris les 27 avril et premier mai 1841 entre la France et la Tour et Taxis, pour régler le mode d'expédition de certaines correspondances.
- Articles provisoires signés à Paris, le 27 mai 1843, pour l'échange des correspondances entre la France et l'Office féodal des Postes de la Tour et Taxis.
- Convention de poste conclue à Paris, le 11 septembre 1844, entre la France et l'Office des Postes féodales d'Allemagne.
     - Convention additionnelle de Poste conclue à Paris le 4 avril 1846.
     - Articles additionnels, du 22 novembre 1847, à la Convention de poste du 11 septembre 1844.
- Convention de poste conclue à Paris le 25 novembre 1861, entre la France et l'Office des Postes féodales d'Allemagne.

Pour l'ensemble des textes sus-nommés :
     - M. de Clercq, Recueil des Traités de la France, Paris, A. Durand et Pedonne-Lauriel, 1880, tomes II à IX.

Pour l'histoire des Postes de la Confédération de l'Allemagne du Nord :
     - Fritz Sebastian, Norddeutscher Postbezirk, Die Post des Norddeutschen Bundes - 1867/1872, Bruno Wilkens, Hanovre, 1947.

Pour l'histoire de l'Allemagne :
     - Jean-Yves Calvez, Politique et histoire en Allemagne au XIXe siècle, P.U.F., 2001.
     - C. I. S., France Allemagne - XVIIIe XIXe siècle, Albin Michel, 2000.

Pour l'étude des marques d'entrée en France :
     - Gilbert Noël (de l'Académie de Philatélie), Catalogue des marques et cachets d'entrée en France, 1800-1881, Provenances d'Europe, Histoire postale, Paris, 1971.

Pour la nomenclature des timbres-poste, se reporter aux catalogues Michel ou Yvert & Tellier.