Courriers de l'Espagne nationaliste
taxés en France - 1937/1938


     En juillet 1936, le soulèvement nationaliste mené par le général Franco contre le gouvernement républicain plonge l’Espagne dans la guerre civile, divisant le pays en deux zones distinctes. Sur le plan postal, il apparaît que l’Espagne républicaine reste le seul interlocuteur légal des postes françaises, puisque ce sont ses représentants qui ont signé les Actes du Congrès international du Caire en mars 1934. La France, si elle n'a pas d'ambassadeur en zone nationaliste, maintient tout de même un consul à Saint-Sébastien, pour traiter, entre autres choses, des questions postales avec les autorités franquistes [1].

     Les relations postales, téléphoniques, télégraphiques et ferroviaires ayant été interrompues entre la France et les zones insurgées dès le début du soulèvement, les autorités françaises s'inquiètent de leur rétablissement pour des raisons économiques, sans que cela implique pour autant de leur part la reconnaissance du mouvement franquiste [2]. L'initiative de la reprise des relations postales est à mettre au compte des nationalistes espagnols, dès le 2 novembre, la France rétablissant ces relations à partir du 12 novembre en gare d'Hendaye [3]. Un communiqué est remis à la Presse à la mi-novembre 1936, précisant au public les modalités d'expédition du courrier de France vers les zones insurgées.


L'Ouest-Eclair - 18/11/1936

     Dès l'hiver de 1937, les autorités nationalistes émettent leurs propres timbres-poste, libellés simplement ESPAÑA [4]. Au mois de février 1937, les autorités républicaines espagnoles protestent contre l'acceptation par les postes françaises d'affranchissements en timbres-poste nationalistes, qu'elles n'estiment pas valables du point de vue des dispositions de l'Union postale internationale [5]. Cela n'est cependant pas l'avis du ministère français des Postes, pour lequel les timbres-poste franquistes doivent être considérés comme valables dans les relations internationales dès lors qu'ils sont normalement utilisés pour l'affranchissement des correspondances des particuliers dans leur pays d'origine [6], et que les lettres ne sont pas frappées du timbre T par l'office d'origine. La presse française se fait quant à elle écho de ces émissions de timbres-poste, certains journaux protestant contre des taxations abusives nuisant au commerce, d'autres mettant en doute la validité des vignettes au regard des institutions postales internationales.

     
La Gazette de Bayonne, de Biarritz et du Pays Basque - 08/02/1937 / Le Temps - 27/03/1937

     Il reste en effet à déterminer si, en 1937, l'Espagne franquiste est un pays, au regard du droit international. C’est la question que se posent les autorités républicaines espagnoles, qui publient un communiqué à ce sujet en juillet 1937 :

Ministerio de comunicaciones y marina mercante - Dirección general de Correos.
[...] los timbres de Correos editados en la Zona ocupada por los facciosos carecen, en absoluto, de validez y las Administraciones extranjeras considerarán como no franca la correspondencia que lleve adheridos sellos que no sean los de franqueo puestos en circulación por el Gobierno legítimo de España, los cuales llevan siempre la inscripción "Republica Española - Correos", de cuyas colecciones tienen el debido conocimiento cuantos paises integran la Unión Postal Universal, por habérseles remitido en virtud de los preceptos reglamentarios contenidos en el Convenio en vigor. Valencia, 12 de julio de 1937, el Director general.


De Majorque pour Cannes, 12 mars 1937.
La lettre est affranchie à l'aide d'un timbre-poste franquiste Isabel rouge à 30 céntimos, considéré comme nul en France.
Le taxateur a estimé que l'ensemble de l'affranchissement était non valide, bien que les timbres-poste verts soient républicains.
Taxe de port dû dans le régime international pour la lettre du premier échelon de poids, trois francs.

     Le directeur général des postes de la République considère que les administrations étrangères ne doivent pas prendre en compte les timbres-poste franquistes qui, n'émanant pas d'un gouvernement légitime, n'ont pas de validité, et qu’elles devraient donc taxer les lettres comme non affranchies lorsques les figurines d'affranchissement ne portent pas la mention "République espagnole - Postes", seule reconnue par l'Union postale. Dans la réalité, il ne semble pas que les postes françaises aient jamais opéré de cette manière, sinon très ponctuellement.

     Les choses se compliquent en avril 1937. Jusqu’alors, les tarifs postaux étaient restés les mêmes dans chacune des deux zones, l'affranchissement requis pour une lettre ordinaire du premier échelon de poids pour l’étranger étant, par exemple, de cinquante centime de peseta depuis janvier 1935 [7]. Mais l’inflation galopante en zone républicaine (la monnaie nationaliste s’échange alors sur les marchés financiers cinq fois plus cher que la monnaie républicaine [8]) contraint les autorités républicaines à augmenter à plusieurs reprises leurs tarifs postaux, alors qu’ils vont rester les mêmes en zone nationaliste jusqu’à la fin de la guerre civile. Cette circonstance entraîne une situation particulière dans le service postal français. Dès avril 1937, le prix de l’affranchissement de la lettre du premier échelon depuis la zone républicaine pour l’étranger s’élève à soixante centimes de peseta. Certaines lettres en provenance de la zone nationaliste, affranchies en timbres franquistes à l’ancien tarif de cinquante céntimos, seront alors taxées en France pour insuffisance d’affranchissement. Ce phénomène se constate essentiellement dans les départements du sud de la France, depuis Bayonne jusqu’à Marseille, même si ce n’est pas une règle absolue. L’insuffisance n’ayant généralement pas été constatée par le bureau nationaliste expéditeur, la taxation s'applique selon une formule simple : le double de l'insuffisance entre l'affranchissement nationaliste et le tarif républicain est multiplié par le rapport entre le tarif français et le tarif républicain.


Presse nationaliste, postérieur à avril 1937

     La presse nationaliste dénonce cet état de fait, qui taxerait à vingt-cinq centimes de franc (en réalité cinquante centimes, l'insuffisance étant doublée) les lettres franquistes en France. Les nationalistes accusent les français de vouloir boycotter leurs envois postaux, et évoquent le retour à l'envoyeur d'une grande quantité de lettres, via Barcelone, où elles seraient détruites après avoir été lues par la censure "rouge". Cette dernière assertion tient probablement plus de la propagande que de la réalité, et le ministère français des postes s'en défend d'ailleurs vigoureusement dans une note interne [9]. L'effet sur les usagers de la zone nationaliste n'en sera pas moins réel, lesquels auront tendance à affranchir leurs lettres au tarif républicain de 60 céntimos pour éviter taxation ou retour.


Note 929/36 A 70 du 9 décembre 1936, A. N.

     La quasi-totalité des courriers taxés que nous avons vus l'ont donc été dans des localités du sud de la France. D'autre part, aucune des lettres originaires de Majorque que nous avons vues n'a été taxée. Jusqu'au 31 mars 1937, le tarif de janvier 1935 (50 céntimos pour la lettre U.P.U. de 20 grammes) reste en vigueur au départ de l'ensemble du territoire espagnol. Les lettres taxées au cours de cette première période ne rentrent donc pas dans le cadre de cette étude. Les taxations qui nous occupent débutent le premier avril 1937, et se terminent à l'automne de l'année suivante.


Fédération nationale des travailleurs des P.T.T, 6 mars 1937, A. N.

     Il est très probable que ces taxations ont été appliquées à la suite d'initiatives locales, ce qui peut expliquer qu'elles ne l'aient pas été uniformément par l’ensemble des bureaux français, compte-tenu de la position officielle du ministère des postes. La grande antipathie manifestée à l'encontre du régime franquiste par les fonctionnaires des postes des régions proches de la frontière, surtout ceux de la région sud-ouest, ressort dans une note de protestation adressée à ce même ministère par la Fédération nationale des travailleurs des P.T.T. en mars 1937 (illustration ci-dessus). Quoi qu'il en soit, l’initiative de taxer, même en cas d’absence de la marque T sur l’enveloppe, est laissée au postier lorsque celui-ci estime que l’insuffisance est manifeste (en cas d'erreur évidente dit l'art. 143 § 4 du Règlement d'exécution de la Convention U.P.U. du Caire).

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Notes
[1] Revue de droit international, Tome XXI, n° 1, 1938. [up]
[2] Ministère du Commerce et de l'Industrie au ministère des Affaires Etrangères, 31 octobre 1936, Archives Nationales. [up]
[3] Ministère des P, T & T, note 929/36 A 70 du 9 décembre 1936, A. N. [up]
[4] Après qu'un décret du 9 novembre 1936 ait imposé l'affranchissement en timbres-poste des envois pour l'étranger, la Junte technique de la Présidence de l'Etat ordonne (Burgos, 30 décembre 1936) la mise en service (effective en janvier 1937) de vignettes à l'effigie du Cid Campeador et d'Isabelle de Castille. [up]
[5] Ministère des Affaires Etrangères au ministère des P, T & T, 4 février 1937, A. N. [up]
[6] Référence à l'article 47 de la convention postale du Caire, 1934. [up]
[7] Manual de la Filatelia Española - Apéndice 1, Tarifas Postales, Oswald Schier, Madrid, Fundación Albertino de Figueiredo para la Filatelia. [up]
[8] El Servicio de Correos durante el régimen franquista, Juan Carlos Bórdes Muñoz [up]
[9] voir note [3] [up]


1/4/1937 : République = 60 c. - France = 1,50 f.


Le premier avril 1937, le tarif républicain de la lettre U.P.U. passe à 60 céntimos, le tarif français étant de 1,50 franc ; le rapport entre ces tarifs (1,50/0,60), à multiplier par le double de l'insuffisance en céntimos, est donc de 2.5.


De Séville à Bayonne - date illisible, entre avril et juillet 1937
La lettre est affranchie au tarif nationaliste (50 céntimos), plus une vignette sans valeur postale. L'insuffisance n'est pas signalée par le bureau de sortie espagnol. La taxe est égale au double de l'insuffisance, multiplié par le rapport des tarifs français et républicain, soit 20 céntimos par 2.5, ce qui donne bien 50 centimes.


1/8/1937 : République = 60 c. - France = 1,75 f.


Le premier août 1937, le tarif français de la lettre U.P.U. passe à 1,75 franc, le tarif républicain étant de 60 céntimos ; le rapport entre ces tarifs (1,75/0,60), à multiplier par le double de l'insuffisance en céntimos, est donc de 2.916.


De Jerez à St-Jean-de-Luz - 26 février 1938
La lettre est affranchie au tarif nationaliste (50 céntimos). Le bureau espagnol a signalé l'insuffisance. La taxe est égale au double de l'insuffisance, multiplié par le rapport des tarifs français et républicain, soit 20 céntimos par 2.916, ce qui donne 58,32 centimes, arrondis à 60 centimes.


De Logrono à Laurabuc - 10 novembre 1937
Au départ de la zone nationaliste, il existe des affranchissements règlementaires au tarif U.P.U., témoin cette lettre de Logrono correctement affranchie à 60 céntimos, logiquement non taxée à l'arrivée.


De Santander à Pau - 3 janvier 1938
La taxation concerne également les cartes postales. Carte affranchie au tarif nationaliste (30 céntimos). L'insuffisance est signalée au crayon, ainsi que le montant de la taxe. La taxe est égale au double de l'insuffisance, multiplié par le rapport des tarifs français et républicain, soit 20 céntimos par 2.916, ce qui donne 58,32 centimes, arrondis à 60 centimes.


D'Algésiras à Casablanca - 28 février 1938
Lettre à destination de l'Afrique française du Nord, affranchie au tarif nationaliste (50 céntimos). L'insuffisance est signalée par un T manuscrit, mais il est difficile de savoir qui l'a apposé. Le Maroc appliquant la réglementation tarifaire française, la taxe a été calculée de la même façon que pour une destination métropolitaine, et matérialisée par des chiffres-taxe locaux.


1/4/1938 : République = 1,25 p. - France = 1,75 f.


Le premier avril 1938, le tarif républicain de la lettre U.P.U. passe à 1,25 peseta, le tarif français étant de 1,75 franc ; le rapport entre ces tarifs (1,75/1,25), à multiplier par le double de l'insuffisance en céntimos, est donc de 1.4. Les courriers taxés que l'on rencontre à partir de cette date sont souvent affranchis à 60 céntimos, ce qui correspond au précédent tarif républicain, et non au tarif nationaliste en vigueur. Nous avons vu plus haut qu'il pourrait s'agir d'un effet de la propagande franquiste.



Coll. P. Walter

D'Almazora à Sète - 15 juillet 1938
La lettre est affranchie à l'ancien tarif républicain de la lettre UPU (60 céntimos), plus une surtaxe pour la voie aérienne internationale (50 céntimos dans le tarif de janvier 1935 au lieu de 1 peseta dans celui de mars 1938). Malgré la présence d'une étiquette rouge "Exprès", il ne semble pas y avoir d'affranchissement pour ce service (1 peseta dans l'ancien tarif international de janvier 1935). La taxation n'est pas demandée par l'Espagne, elle est calculée en France au double de l'insuffisance, une fois le port aérien de la République espagnole déduit, mais sans tenir compte d'un éventuel exprès. L'insuffisance est alors de 1,25 peseta moins 10 céntimos, multipliée par le rapport entre les tarifs français et républicain, soit 2,30 pesetas par 1.4, ce qui donne 3,22 francs, arrondis à 3,25 francs.


De Ceuta à Marseille - 4 juillet 1938
La lettre est affranchie à l'ancien tarif républicain (60 céntimos). L'insuffisance est signalée au crayon, ainsi que le montant de la taxe, peut-être à l'arrivée en France. La taxe est égale au double de l'insuffisance, multiplié par le rapport des tarifs français et républicain, soit 1,30 peseta par 1.4, ce qui donne 1,82 franc, arrondi à 1,80 franc.


De Mediano à Tarbes - 15 mai 1938
La lettre est affranchie à l'ancien tarif républicain (60 céntimos). Le bureau espagnol n'a pas signalé l'insuffisance. La taxe est égale au double de l'insuffisance, multiplié par le rapport des tarifs français et républicain, soit 1,30 peseta par 1.4, ce qui donne 1,82 franc, arrondi à 1,85 franc.

De l'Orphelinat Maçonnique au Camp des J.L.R.

De Valladolid à Paris, puis à Sète - 16 juillet 1938 - tarif et taxe identiques à la lettre précédente.

     Cette lettre, envoyée de Valladolid, en zone nationaliste, le 16 juillet 1938, est adressée à "l'O.M. rue de Crimée-19", 19ème arrondissement de Paris. L'O.M. désigne l'Orphelinat Maçonnique, créé en 1862 sous l'égide du Suprème Conseil de France et du Grand Orient, et géré par des membres du Grand Orient et de la Grande Loge de France. L'Orphelinat accueille, à partir de 1937, quelques enfants de Frères maçons espagnols, le régime franquiste étant plutôt hostile à la franc-maçonnerie. On note qu'aucune taxe n'a été demandée au départ, ni appliquée à l'arrivée à Paris, ce qui est toujours le cas, d'après les exemples que nous connaissons.
     Le destinataire étant absent, la lettre a été redirigée vers sa nouvelle adresse, un "ancien camp des J.L.R.", à Sète, le 20 juillet 1938, depuis le bureau 121 de la rue des Fêtes (19ème). Ce bureau n'a pas, lui non plus, demandé de taxation pour affranchissement insuffisant.
     Les Jeunesses Laïques et Républicaines sont nées en avril 1924 de la fusion de deux mouvements plus anciens, inspirés par la pensée de Zola et d'A. France. En 1933, leur section sportive crée l'Association des Œuvres des colonies de vacances et des auberges de la jeunesse de la fédération des J.L.R. de France.
     Ce document paraît confirmer que la taxation des lettres ne respectant pas le tarif républicain espagnol, si elle n'apparaissait pas dans le nord de la France, s'appliquait en revanche quasi-systématiquement dans les bureaux de poste du sud : à l'arrivée à Sète, une taxe de 1,85 franc a été demandée, en suivant le mode de calcul indiqué en tête de cette section.


De Saint-Sébastien à Marseille - 6 mai 1938
La lettre est affranchie à l'ancien tarif républicain (60 céntimos), plus un demi-timbre non reconnu par l'administration française. Le bureau espagnol n'a pas signalé l'insuffisance. La taxe est égale au double de l'insuffisance, multiplié par le rapport des tarifs français et républicain, soit 1,30 peseta par 1.4, ce qui donne 1,82 franc, arrondi à 1,80 franc.


De xxxx à Bayonne - 14 mai 1938
La lettre au second échelon de poids est affranchie au premier échelon de l'ancien tarif républicain (60 céntimos). Le bureau espagnol n'a pas signalé l'insuffisance. La taxe est égale au double de l'insuffisance, multiplié par le rapport des tarifs français et républicain, soit 2,80 pesetas par 1.4, ce qui donne 3,92 francs, arrondis à 3,95 francs.


D'Alcañiz à Lavellanet- 27 août 1938
La lettre est affranchie au tarif nationaliste (50 céntimos). Le bureau espagnol n'a pas signalé l'insuffisance. La taxe est égale au double de l'insuffisance, multiplié par le rapport des tarifs français et républicain, soit 1,50 peseta par 1.4, ce qui donne 2,10 francs.


De Huesca à Lavellanet- date illisible, certainement courant 1938
La lettre est affranchie à un tarif sans usage (55 céntimos). Le bureau espagnol n'a pas signalé l'insuffisance. La taxe est égale au double de l'insuffisance, multiplié par le rapport des tarifs français et républicain, soit 1,40 peseta par 1.4, ce qui donne 1,96 franc, arrondi à 1,90 franc.


De Lerida à Paris - 19 novembre 1938
La lettre est affranchie au tarif nationaliste des cartes postales (40 céntimos). Le bureau espagnol a signalé une insuffisance de 10 céntimos, en rapport avec son propre tarif de la lettre. La taxe est égale au double de l'insuffisance, multiplié par le rapport des tarifs français et républicain, soit 1,70 peseta par 1.4, ce qui donne 2,38 francs, arrondis à 2,40 francs.


De Saint-Sébastien à Marseille - 13 juillet 1938
Dans cette période également, il existe des affranchissements règlementaires au tarif U.P.U., témoin cette lettre de Saint-Sébastien correctement affranchie à 1,25 peseta, et donc non taxée à l'arrivée.


De Saint-Sébastien à Narbonne - 21 mai 1938
Cette lettre résiste à l'analyse : elle est affranchie à 70 céntimos, ce qui ne correspond pas à un tarif précis. La taxe a été demandée en France, semble-t-il. Elle devrait être égale à 1,54 franc (arrondi à 1,60 franc), et non à 1,40 franc. Le chiffre 2 au crayon évoque un double port, mais danc ce cas, la taxe serait de 3,65 francs. L'erreur du préposé est l'explication qui vient en dernier recours, mais elle est peu satisfaisante ...


1/12/1938 : République = 1,25 p. - France = 2,25 f.


Le premier décembre 1938, le tarif français de la lettre U.P.U. passe à 2,25 francs, le tarif républicain étant de 1,25 peseta ; le rapport entre ces tarifs (2,25/1,25), à multiplier par le double de l'insuffisance en céntimos, est donc de 1.8.

Nous n'avons pas d'exemple illustrant cette très courte période. La taxe-type serait théoriquement de 2,70 franc (insuffisance de 75 céntimos, multipliée au double par 1.8), à condition, toutefois, que les postiers français aient continué à appliquer une taxation sur les courriers du -déjà- vainqueur de la Guerre Civile. Le seul cas de taxation que nous connaissions est légèrement postérieur à la période considérée, il concerne une lettre de Toledo à Hyères datée du 20 janvier 1939, affranchie à soixante céntimos et taxée à deux francs trente-cinq. Le taxateur a considéré comme encore valable le depuis peu obsolète tarif républicain, et il a calculé sa taxe sur la base d'une insuffisance au double de un franc trente, multipliée par le rapport de 1.8.


Coll. Manuel Hoyos

Mais à partir de la fin de l'automne 1938, on constate l’arrêt de la taxation, dans le sud de la France, des lettres d’origine nationaliste. Manuel Hoyos cite le cas de lettres d'une même origine en Espagne pour un même destinataire en Ariège, taxées fin octobre 1938 et qui ne le sont plus début novembre. Celà est probablement dû au changement du régime politique français d’avril 1938, lorsque le conservateur Daladier succède à la Présidence du Conseil à Léon Blum, jusqu’alors favorable au gouvernement républicain espagnol. Le gouvernement Daladier mène alors des négociations en vue de se rapprocher du camp nationaliste, et de normaliser ses relations avec Franco, pressentant la victoire prochaine de celui-ci. C’est la raison pour laquelle le Ministère des postes français donnera des instructions pour que cesse la taxation des lettres affranchies au tarif nationaliste (Juan Carlos Bórdes Muñoz, note [8] supra). Nous n’avons malheureusement pas retrouvé le texte de ces instructions, qui closent une des pages les plus étranges et passionnantes de l’Histoire postale franco-espagnole.

Le tarif nationaliste U.P.U. passera à 70 céntimos le 10 janvier suivant, peu avant la reconnaissance par la France du gouvernement franquiste, mettant un terme définitif de ce type de taxation.


10/01/1939 : Espagne = 0,70 p. - France = 2,25 f.


Le 27 février 1939, le gouvernement français reconnait le gouvernement du Général Franco, et lui envoie le Maréchal Pétain comme ambassadeur. C'est la fin de la disparité des tarifs espagnols, l'unique tarif international reconnu au départ d'Espagne pour la lettre du premier échelon est alors de 0,70 peseta ; le rapport avec le tarif français (2,25/0,70), à multiplier par le double de l'insuffisance en céntimos, est donc de 3.21, mais la taxe ne sanctionne plus, désormais, que des affranchissements insuffisants ordinaires.


De Toledo à Bordeaux - 27 mars 1939
La lettre est affranchie à 60 céntimos, au lieu des 70 céntimos en vigueur. Le bureau espagnol n'a pas signalé l'insuffisance. La taxe est égale au double de l'insuffisance, multiplié par le rapport des tarifs français et espagnol, soit 0,20 peseta par 3.21, ce qui donne 0,64 franc, arrondis à 0,65 franc.


Cette page est le résumé d'une recherche collective effectuée depuis maintenant depuis plus de quinze ans par les participants au forum philatélique espagnol Ágora de filatelía. Grand merci à tous, pour l'exposé des pièces comme pour les commentaires. Grand merci à Laurent Bonnefoy pour le partage de ses recherches aux Archives nationales.


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