Courriers de l'Espagne nationaliste
taxés en France - 1937/1939


Dès le début de la Guerre Civile, en Juillet 1936, l'Espagne s'est trouvée divisée en deux entités géographiques et politiques distinctes. Sur le plan postal, les deux administrations ont mené des politiques tarifaires opposées : dans la zone nationaliste, le tarif pour l'étranger en vigueur au début de la guerre est resté valable jusqu'en 1939, alors qu'il a été fortement augmenté côté républicain. A cela s'ajoute le fait que le gouvernement nationaliste n'a pas été reconnu par la France avant le 27 février 1939. Il s'en est suivi nombre d'affranchissements nationalistes jugés insuffisants, et taxés comme tels par les postes françaises.
La taxation s'applique selon une formule simple : le double de l'insuffisance entre l'affranchissement nationaliste et le tarif républicain est multiplié par le rapport entre le tarif français et le tarif républicain. La plupart de lettres ne portent pas de marque T, et ont cependant été taxées par l'administration française ; dans de rares cas, c'est le bureau expéditeur espagnol (donc, a priori, nationaliste) qui a signalé l'insuffisance.
Notons que la quasi-totalité des courriers taxés que nous avons vus l'ont été dans des localités du sud de la France. D'autre part, aucune des lettres de Majorque que nous avons vues n'a été taxée.
Jusqu'au 31 mars 1937, le tarif de janvier 1935 (50 centimos pour la lettre U.P.U. de 20 grammes) reste en vigueur au départ de l'ensemble du territoire espagnol. Les lettres taxées au cours de cette première période ne rentrent donc pas dans le cadre de cette étude. Les taxations qui nous occupent débutent le premier avril 1937, et se terminent, théoriquement, le 27 février 1939.


1/4/1937 : République = 60 c. - France = 1,50 f.


Le premier avril 1937, le tarif républicain de la lettre U.P.U. passe à 60 centimos, le tarif français étant de 1,50 franc ; le rapport entre ces tarifs (1,50/0,60), à multiplier par le double de l'insuffisance en centimos, est donc de 2.5.


De Séville à Bayonne - date illisible, entre avril et juillet 1937
La lettre est affranchie au tarif nationaliste (50 centimos), plus une vignette sans valeur postale. L'insuffisance n'est pas signalée par le bureau de sortie espagnol. La taxe est égale au double de l'insuffisance, multiplié par le rapport des tarifs français et républicain, soit 20 centimos par 2.5, ce qui donne bien 50 centimes.


De Jaca à Berne - 21 avril 1937
La Suisse a taxé dans les mêmes conditions que la France. L'insuffisance n'est pas signalée par le bureau de sortie espagnol. La lettre est affranchie au tarif nationaliste (50 centimos). La taxe est égale au double de l'insuffisance, multiplié par le rapport des tarifs suisse (25  c.) et républicain, soit 20 centimos par 0.41, ce qui donne 8,33 centimes suisses, arrondis à 10 centimes.


1/8/1937 : République = 60 c. - France = 1,75 f.


Le premier août 1937, le tarif français de la lettre U.P.U. passe à 1,75 franc, le tarif républicain étant de 60 centimos ; le rapport entre ces tarifs (1,75/0,60), à multiplier par le double de l'insuffisance en centimos, est donc de 2.916.


De Jerez à St-Jean-de-Luz - 26 février 1938
La lettre est affranchie au tarif nationaliste (50 centimos). Le bureau espagnol a signalé l'insuffisance. La taxe est égale au double de l'insuffisance, multiplié par le rapport des tarifs français et républicain, soit 20 centimos par 2.916, ce qui donne 58,32 centimes, arrondis à 60 centimes.


De Logrono à Laurabuc - 10 novembre 1937
Au départ de la zone nationaliste, il existe des affranchissements règlementaires au tarif U.P.U., témoin cette lettre de Logrono correctement affranchie à 60 centimos, logiquement non taxée à l'arrivée.


De Santander à Pau - 3 janvier 1938
La taxation concerne également les cartes postales. Carte affranchie au tarif nationaliste (30 centimos). L'insuffisance est signalée au crayon, ainsi que le montant de la taxe. La taxe est égale au double de l'insuffisance, multiplié par le rapport des tarifs français et républicain, soit 20 centimos par 2.916, ce qui donne 58,32 centimes, arrondis à 60 centimes.


D'Algésiras à Casablanca - 28 février 1938
Lettre à destination de l'Afrique française du Nord, affranchie au tarif nationaliste (50 centimos). L'insuffisance est signalée par un T manuscrit, mais il est difficile de savoir qui l'a apposé. Le Maroc appliquant la réglementation tarifaire française, la taxe a été calculée de la même façon que pour une destination métropolitaine, et matérialisée par des chiffres-taxe locaux.


1/4/1938 : République = 1,25 p. - France = 1,75 f.


Le premier avril 1938, le tarif républicain de la lettre U.P.U. passe à 1,25 peseta, le tarif français étant de 1,75 franc ; le rapport entre ces tarifs (1,75/1,25), à multiplier par le double de l'insuffisance en centimos, est donc de 1.4.
Curieusement, à partir de cette date, les courriers taxés que l'on rencontre sont souvent affranchis à 60 centimos, ce qui correspond au précédent tarif républicain, et non au tarif nationaliste en vigueur.


De Ceuta à Marseille - 4 juillet 1938
La lettre est affranchie à l'ancien tarif républicain (60 centimos). L'insuffisance est signalée au crayon, ainsi que le montant de la taxe, peut-être à l'arrivée en France. La taxe est égale au double de l'insuffisance, multiplié par le rapport des tarifs français et républicain, soit 1,30 peseta par 1.4, ce qui donne 1,82 franc, arrondi à 1,80 franc.


De Mediano à Tarbes - 15 mai 1938
La lettre est affranchie à l'ancien tarif républicain (60 centimos). Le bureau espagnol n'a pas signalé l'insuffisance. La taxe est égale au double de l'insuffisance, multiplié par le rapport des tarifs français et républicain, soit 1,30 peseta par 1.4, ce qui donne 1,82 franc, arrondi à 1,85 franc.

De l'Orphelinat Maçonnique au Camp des J.L.R.

De Valladolid à Paris, puis à Sète - 16 juillet 1938 - tarif et taxe identiques à la lettre précédente.

Cette lettre, envoyée de Valladolid, en zone nationaliste, le 16 juillet 1938, est adressée à "l'O.M. rue de Crimée-19", 19ème arrondissement de Paris. L'O.M. désigne l'Orphelinat Maçonnique, créé en 1862 sous l'égide du Suprème Conseil de France et du Grand Orient, et géré par des membres du Grand Orient et de la Grande Loge de France. L'Orphelinat accueille, à partir de 1937, quelques enfants de Frères maçons espagnols, le régime franquiste étant très hostile à la franc-maçonnerie. On note qu'aucune taxe n'a été demandée au départ, ni appliquée à l'arrivée à Paris, ce qui est toujours le cas, d'après les exemples que nous connaissons.
Le destinataire étant absent, la lettre a été redirigée vers sa nouvelle adresse, un "ancien camp des J.L.R.", à Sète, le 20 juillet 1938, depuis le bureau 121 de la rue des Fêtes (19ème). Ce bureau n'a pas, lui non plus, demandé de taxation pour affranchissement insuffisant.
Les Jeunesses Laïques et Républicaines sont nées en avril 1924 de la fusion de deux mouvements plus anciens, inspirés par la pensée de Zola et d'A. France. En 1933, leur section sportive crée l'Association des Œuvres des colonies de vacances et des auberges de la jeunesse de la fédération des J.L.R. de France.
Ce document paraît confirmer que la taxation des lettres ne respectant pas le tarif républicain espagnol, si elle n'apparaissait pas dans le nord de la France, s'appliquait en revanche systématiquement dans les bureaux de poste du sud : à l'arrivée à Sète, une taxe de 1,85 franc a été demandée, en suivant le mode de calcul indiqué en tête de cette section. Les postiers méridionaux se basaient-ils sur une directive officielle particulière ? La question reste posée ...


De Saint-Sébastien à Marseille - 6 mai 1938
La lettre est affranchie à l'ancien tarif républicain (60 centimos), plus un demi-timbre non reconnu par l'administration française. Le bureau espagnol n'a pas signalé l'insuffisance. La taxe est égale au double de l'insuffisance, multiplié par le rapport des tarifs français et républicain, soit 1,30 peseta par 1.4, ce qui donne 1,82 franc, arrondi à 1,80 franc.


De xxxx à Bayonne - 14 mai 1938
La lettre au second échelon de poids est affranchie au premier échelon de l'ancien tarif républicain (60 centimos). Le bureau espagnol n'a pas signalé l'insuffisance. La taxe est égale au double de l'insuffisance, multiplié par le rapport des tarifs français et républicain, soit 2,80 pesetas par 1.4, ce qui donne 3,92 francs, arrondis à 3,95 francs.


D'Alcañiz à Lavellanet- 27 août 1938
La lettre est affranchie au tarif nationaliste (50 centimos). Le bureau espagnol n'a pas signalé l'insuffisance. La taxe est égale au double de l'insuffisance, multiplié par le rapport des tarifs français et républicain, soit 1,50 peseta par 1.4, ce qui donne 2,10 francs.


De Huesca à Lavellanet- date illisible, certainement courant 1938
La lettre est affranchie à un tarif sans usage (55 centimos). Le bureau espagnol n'a pas signalé l'insuffisance. La taxe est égale au double de l'insuffisance, multiplié par le rapport des tarifs français et républicain, soit 1,40 peseta par 1.4, ce qui donne 1,96 franc, arrondi à 1,90 franc.


De Lerida à Paris - 19 novembre 1938
La lettre est affranchie au tarif nationaliste des cartes postales (40 centimos). Le bureau espagnol a signalé une insuffisance de 10 centimos, en rapport avec son propre tarif de la lettre. La taxe est égale au double de l'insuffisance, multiplié par le rapport des tarifs français et républicain, soit 1,70 peseta par 1.4, ce qui donne 2,38 francs, arrondis à 2,40 francs.


De Saint-Sébastien à Marseille - 13 juillet 1938
Dans cette période également, il existe des affranchissements règlementaires au tarif U.P.U., témoin cette lettre de Saint-Sébastien correctement affranchie à 1,25 peseta, et donc non taxée à l'arrivée.


De Saint-Sébastien à Narbonne - 21 mai 1938
Cette lettre résiste à l'analyse : elle est affranchie à 70 centimos, ce qui ne correspond pas à un tarif précis. La taxe a été demandée en France, semble-t-il. Elle devrait être égale à 1,54 franc (arrondi à 1,60 franc), et non à 1,40 franc. Le chiffre 2 au crayon évoque un double port, mais danc ce cas, la taxe serait de 3,65 francs. L'erreur du préposé est l'explication qui vient en dernier recours, mais elle est peu satisfaisante ...


1/12/1938 : République = 1,25 p. - France = 2,25 f.


Le premier décembre 1938, le tarif français de la lettre U.P.U. passe à 2,25 francs, le tarif républicain étant de 1,25 peseta ; le rapport entre ces tarifs (2,25/1,25), à multiplier par le double de l'insuffisance en centimos, est donc de 1.8.
Nous n'avons pas d'exemple illustrant cette très courte période. La taxe-type serait de 2,70 franc (insuffisance de 75 centimos, multipliée au double par 1.8), à condition, toutefois, que les postiers français aient continué à appliquer une taxation sur les courriers du -déjà- vainqueur de la Guerre Civile.
Le tarif nationaliste U.P.U. passera à 70 centimos le 10 janvier suivant, peu avant la reconnaissance par la France du gouvernement franquiste, mettant un terme définitif de ce type de taxation.


27/02/1939 : Espagne = 0,70 p. - France = 2,25 f.


Le 27 février 1939, le gouvernement français reconnait le gouvernement du Général Franco, et lui envoie le Maréchal Pétain comme ambassadeur. C'est la fin de la disparité des tarifs espagnols, le tarif reconnu est alors de 0,70 peseta ; le rapport avec le tarif français (2,25/0,70), à multiplier par le double de l'insuffisance en centimos, est donc de 3.21, mais la taxe ne sanctionne plus, désormais, que des affranchissements insuffisants ordinaires.


De Toledo à Bordeaux - 27 mars 1939
La lettre est affranchie à 60 centimos, au lieu des 70 centimos en vigueur. Le bureau espagnol n'a pas signalé l'insuffisance. La taxe est égale au double de l'insuffisance, multiplié par le rapport des tarifs français et espagnol, soit 0,20 peseta par 3.21, ce qui donne 0,64 franc, arrondis à 0,65 franc.


Cette page est le résumé d'une recherche collective effectuée par les participants au forum philatélique espagnol Ágora de filatelía. Grand merci à tous, pour l'exposé des pièces comme pour les commentaires.


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